FAQ – Foire aux questions en complément au bilan mi‑parcours, phase 2

Cette foire aux questions préparée par l’équipe de recherche du PIC se veut un complément au bilan mi-parcours et répond à des interrogations qui ne pouvaient être intégrées au rapport.

Dans l’ensemble, aucune des cinq thématiques du PIC ne ressort comme plus porteuse que les autres. Les retombées - organisationnelles, citoyennes et systémiques - sont présentes dans toutes les thématiques, et les initiatives qui en présentent le plus, prises ensemble, couvrent des sujets variés.

Cela dit, quelques tendances se dégagent. Les initiatives en alimentation tendent à produire plus rapidement des retombées liées à l’accès à des ressources pour les citoyen·ne·s. À l’inverse, les initiatives des autres thématiques génèrent souvent d’abord des retombées organisationnelles, par exemple en améliorant les pratiques ou la coordination entre acteurs. Quant aux projets d’infrastructure, les retombées liées à l’accès aux ressources se manifestent généralement plus tardivement, mais ces initiatives contribuent au développement du pouvoir d’agir des citoyen·ne·s lorsque leur démarche prévoit une participation active, notamment à travers des processus de concertation ou de co-construction.

Dans l’ensemble, oui. Parmi les dix quartiers affichant le plus de retombées attestées, huit participaient dès la Phase 1. Les deux autres sont des quartiers qui, bien qu’ayant intégré le PIC plus tard, bénéficiaient déjà d’un fort historique de collaboration locale. Cela confirme qu’un travail sur le long terme favorise l’émergence de retombées multiples.

Il existe cependant des exceptions : certains quartiers présents dès la Phase 1 ont connu des défis (roulement de personnel, contexte moins favorable) qui ont limité leurs retombées, parfois en deçà de celles de quartiers arrivés en Phase 2.

Même lorsque le démarrage a été difficile et que les retombées demeurent limitées, le PIC a permis des avancées. La majorité de ces quartiers sont d’ailleurs maintenant passés en étape de déploiement et commencent à identifier et utiliser différents leviers pour se rapprocher du changement visé.

Ces quartiers se caractérisent souvent par une dynamique collective moins présente au départ, notamment en raison des caractéristiques du territoire, d’un nombre restreint d’organismes sur celui-ci ou d’un historique de collaboration plus faible. Dans ce contexte, le PIC a surtout contribué à renforcer les bases du travail collectif : il a permis de rassembler des acteurs qui n’avaient jamais travaillé ensemble, de favoriser les liens entre eux et de mieux répartir les rôles et responsabilités entre les organismes pour faire face aux enjeux de façon collective.

Le PIC a contribué à créer dans ces quartiers un espace pour la co‑construction, l’élaboration d’une vision commune et le renforcement des liens. Les acteurs et actrices sont amené·e·s à faire des choix ensemble, à tester de nouvelles façons de faire et à tirer des apprentissages. Ainsi, malgré un démarrage tardif, les relations se développent, la dynamique collective se structure et les conditions se mettent en place pour générer davantage de retombées.

L’inclusion citoyenne est désormais intégrée et prioritaire dans toutes les initiatives, ce qui marque une évolution importante par rapport à la Phase 1 du PIC.

L’inclusion fait partie de la vision de changement de la plupart des initiatives — qu’il s’agisse de l’accès à des services, des ressources, au logement ou à des infrastructures communautaires — et constitue aussi un moyen d’avancer vers ce changement. Les façons de la définir et de la mettre en œuvre varient toutefois fortement d’une initiative à l’autre.

Concrètement, cette progression est tangible dans les modalités d’implication des résident·e·s. Dans plusieurs quartiers, l’inclusion prend la forme de consultations — par exemple des assemblées citoyennes ou des démarches visant à mieux comprendre les besoins afin d’ajuster ou de développer des actions. Ailleurs, elle se traduit par une participation accrue aux décisions, notamment via des comités aviseurs, des espaces décisionnels ou la cogestion d’activités. Certaines initiatives vont plus loin en intégrant des citoyen·ne·s à la mise en œuvre même des actions. Dans quelques quartiers, l’engagement et la contribution des personnes — en particulier celles en situation de marginalité — sont reconnus par une compensation financière.

Oui, le PIC contribue à réduire la pauvreté, principalement en renforçant les capacités collectives d’agir : mobiliser des acteurs autour d’une vision commune, structurer des collaborations, ajuster des pratiques à travers l’expérimentation et les apprentissages. Ces ajustements ne sont pas une fin en soi : ils améliorent directement l’accès aux ressources pour les citoyen·ne·s (par exemple : logement, éducation, alimentation) et renforcent le pouvoir d’agir des personnes et collectivités. Par exemple, dans l’initiative du Nord-de-l’Ouest-de-l’île le renforcement des collaborations a permis de donner un accès direct à des ressources pour des personnes sinistrées, illustrant comment des liens inter-organisationnels se traduisent en retombées concrètes pour des citoyen·ne·s.

Le bilan mi-parcours montre des retombées organisationnelles, citoyennes et systémiques. Elles ne suffisent pas encore à « faire bouger l’aiguille » à grande échelle, mais constituent des avancées alignées sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Quant au caractère durable de ces changements, plusieurs acquis sont encourageants — la création de structures (p. ex. : centres communautaires), la pérennisation de projets (Mercier-Est en réseau) ou leur transfert (L’escouade salubrité de Côte-des-Neiges), ainsi que des relations et collaborations qui perdurent. Certaines pratiques, comme le travail collectif autour d’un changement visé, peu courantes au début du PIC, sont désormais intégrées et considérées comme allant de soi dans plusieurs quartiers. D’autres changements restent fragiles face à des facteurs externes (pertes de ressources, crises, changements politiques). La réduction durable de la pauvreté est un processus complexe influencé par de nombreux facteurs. Le PIC y contribue, mais il n’est qu’un acteur parmi d’autres dans un écosystème plus large.

Les apprentissages du PIC indiquent que la collaboration apporte une valeur ajoutée tangible dans les efforts de lutte contre la pauvreté. Le travail collectif permet de mutualiser des ressources, de partager des observations et des expertises, et d’améliorer la coordination entre les acteurs.

Dans plusieurs quartiers, cette approche a permis d’aborder des enjeux complexes de façon plus coordonnée. Pour les organismes, ces pratiques réduisent la duplication des efforts, facilitent un soutien plus cohérent aux personnes et contribuent à des actions plus structurées que ce qu’un organisme pourrait accomplir seul. Cette meilleure coordination se traduit aussi par des retombées concrètes pour les citoyen·ne·s. Elle permet d’offrir des services mieux arrimés, d’assurer une prise en charge et un appui plus global face à des situations souvent complexes, ainsi que de renforcer la continuité des services accessibles. À Pointe-aux-Trembles–Montréal-Est, par exemple, le partage d’observations entre organismes a amélioré l’ajustement des interventions, réduit les chevauchements et assuré un suivi plus cohérent auprès des résident·e·s de logements communautaires.

La collaboration permet également d’agir à plusieurs niveaux simultanément : mobiliser des citoyen·ne·s, ajuster les pratiques entre organisations, renforcer les partenariats avec les institutions et, dans certains cas, influencer des décisions publiques. Des initiatives comme les brigades de mieux-être de Peter-McGill ou la mobilisation autour du site Bellechasse montrent que des démarches collectives peuvent produire des changements plus larges, mieux coordonnés et plus durables. Ces exemples illustrent comment des efforts concertés peuvent élargir la portée des interventions et soutenir des transformations qui dépassent la capacité d’un organisme seul.

L’élargissement du financement à l’ensemble des quartiers montréalais ne s’apparente pas à du « saupoudrage ». La Phase 2 a ouvert le financement à 32 quartiers, comparativement à 17 en Phase 1, dont cinq recevaient un soutien intensif. Contrairement à l’idée d’une dispersion, les montants demeurent substantiels : en Phase 1, la moyenne était d’environ 1 M$ par quartier, avec de fortes variations selon le niveau d’intensité. En Phase 2, le financement moyen se situe autour de 700 000 $. Huit quartiers ont vu leur montant diminuer — principalement ceux financés de manière intensive — alors que neuf ont connu une augmentation, et que quatorze quartiers ont été soutenus pour la première fois. On parle d’une redistribution, pas d’une dilution. Le bilan montre par ailleurs que tous les quartiers ont renforcé leur capacité d’agir et plus des trois quarts ont généré des retombées aux trois niveaux (citoyen, organisationnel, écosystémique) dès la mi-parcours. Ceci confirme la pertinence d’un soutien large (voir aussi la question sur les quartiers avec moins de retombées).

Financer l’ensemble des quartiers répond avant tout à un impératif d’équité territoriale. La capacité collective d’agir n’est jamais acquise : elle varie selon le roulement de personnel, la pression sur les organismes et l’évolution des enjeux sociaux locaux. La Phase 2 a donc établi des fourchettes de financement fondées sur des critères objectifs — douze indicateurs de défavorisation et la taille de la population — afin d’ajuster les montants en fonction des réalités propres à chaque territoire. Cette approche permet de soutenir de manière proportionnée des quartiers qui, sans ce financement, risqueraient d’accentuer des écarts préexistants ou de voir s’affaiblir des acquis.

Ne pas financer certains quartiers présentant des niveaux élevés de défavorisation ou une plus faible capacité d’agir serait contraire à ces principes et compromettrait la cohérence de l’intervention. À l’inverse, concentrer les ressources uniquement dans les quartiers déjà « forts » réduirait la capacité d’agir dans des territoires où les besoins demeurent importants, alors que les enjeux de pauvreté et d’exclusion se manifestent à l’échelle de toute la ville. L’approche retenue en Phase 2 — un financement universel, mais différencié — s’avère ainsi la plus pertinente pour soutenir la capacité collective d’agir partout, tout en permettant à chaque quartier de diriger les ressources vers les enjeux les plus pressants.

Les deux approches peuvent être pertinentes, mais elles n’ont pas le même rôle. Dans certains contextes, un cadrage thématique ciblé peut être utile pour stimuler des actions dans des domaines peu investis ou sous-financés. Cette logique peut aussi être attrayante pour les bailleurs de fonds, car elle permet de concentrer les efforts sur un même enjeu et de démontrer plus clairement un effet transformateur. Cependant, dans un contexte comme celui du milieu communautaire à Montréal — solidement structuré et actif sur de nombreux enjeux — un focus trop étroit risquerait de ne pas répondre à la diversité des réalités et besoins locaux.

Dans les quartiers, les acteurs doivent répondre à une multiplicité d’enjeux et ajuster leurs actions en fonction de ce qui est le plus pressant ou mobilisateur pour leurs communautés. Garder un cadrage thématique large permet de laisser cette marge de manœuvre aux milieux, en cohérence avec la philosophie du PIC et de l’approche impact collectif : partir des besoins locaux, favoriser la mobilisation et adopter une posture de confiance envers les organisations qui connaissent leur réalité. Cette dynamique inverse la logique habituelle du financement : dans le PIC, ce sont les communautés qui décident des priorités, et non les bailleurs. Dans le cas où il y a une volonté de soutenir une thématique émergente ou prioritaire, celle-ci pourrait s’inscrire en complémentarité au cadrage large du PIC, sans se substituer à lui.

Le PIC n’a pas été conçu pour lutter contre la polarisation, mais ses pratiques-clefs créent des conditions favorables au dialogue et à la compréhension entre acteurs aux perspectives différentes.

Les initiatives rassemblent organismes, institutions, citoyen·ne·s (et parfois des acteurs privés) autour de préoccupations communes (itinérance, cohabitation ou gestion d’espaces publics). Travailler ensemble amène des personnes aux expériences et aux valeurs différentes à composer avec des désaccords et à s’écouter pour servir un objectif collectif qui dépasse les intérêts individuels. Des démarches de sensibilisation ou de mobilisation permettent ainsi de réduire la stigmatisation de groupes plus marginalisés et de répondre à des réactions de type « Pas dans ma cour ». Ces pratiques soutiennent des échanges plus constructifs et contribuent à maintenir des liens dans un contexte où ils peuvent facilement se fragiliser.

Les espaces de gouvernance du PIC renforcent également la capacité à dialoguer. Ils réunissent des acteurs et actrices ayant des rôles, des intérêts et des points de vue parfois divergents, qui doivent néanmoins analyser ensemble des enjeux complexes, ajuster les priorités et prendre des décisions ensemble. Ces instances agissent comme des lieux où les désaccords peuvent être travaillés plutôt que de s’accentuer dans des silos. Elles permettent aussi de bâtir des liens et la confiance entre organisations et milieux. Le capital relationnel ainsi développé — cette capacité de continuer à se parler malgré des points de vue différents — constitue un atout important dans les efforts visant à contrer la polarisation.